Par ce blog, je vais m'essayer à expliquer le sens de ma peinture, "la peinture lettrée".

En avant propos, toutes mes pensées vont au "Jardin Yili", seul jardin lettré en France si ce n'est en Europe, jardin privé que je vous conseille de visiter, jardinyili@yahoo.fr. Merci à vous Kang, Feng, Emilie et Louis...

Dans la  Chine antique, en 124 avant notre ère, sous la dynastie des Han, l'empereur Woudi institue le concours "lettré" mettant en avant la valeur d'un individu par les études et non en raison d'une naissance aristocratique. Ce diplôme comportait en autre, la calligraphie, la musique, la poésie et la peinture. Il ouvrait les portes aux plus hautes fonctions de l'Etat. Les lettrés ne formaient pas un groupe unitaire ou uniforme, ils étaient d'origines différentes. Durant certaines périodes de l'histoire complexe chinoise, certains opposants au pouvoir se retiraient de la cour impériale tandis que d'autres en étaient exclus. Ces letrrés devenaient "sujets émigrés". La vie de ces lettrés passait de l'exercice du pouvoir avec de hautes responsabilités à l'égard du peuple à la mise à l'écart pouvant aller jusqu'à la case prison et le bannissement.

Les lettrés s'adonnaient à leurs arts. Entre eux, ils se passaient leurs oeuvres picturales afin que chacun y appose un ressenti, un poème... C'est ainsi que certaines oeuvres venues de ces temps possèdent plusieurs poésies calligraphiées avec les plus grands soins, à l'image de la profondeur du poème et de la peinture.

A l'inverse, c'est leur poésie, chargée de tant d'émotion, d'histoire, d'une profondeur moderne, sobre qui m'inspire des images. Recherchant la spontanéité de mon enfance, je prends un crayon noir, une toile blanche, mes tubes, mes pinceaux, de l'huile et entame ma randonnée poétique. Je m'applique avec force à mettre en image le poème non pas sur papier, soie ou bois et à l'encre mais, sur une toile et à l'huile. Mon but, je n'y suis pas encore, est l'obtention des mêmes effets qu'une oeuvre à l'encre sur papier.

Si je dois définir ma peinture, elle n'est ni abstraite, ni figurative. Si elle est contemporaine, elle est avant tout "écrite". Puisqu'elle est écrite, laissez vous allez dans la rigueur du trait, la courbure des mots. Cherchez le petit défaut. Il vous emmènera au delà de la peinture et de la poésie...

Il suffit de lire certains poèmes de ces lettrés, tout particulièrement Wang Wei (Chine, 701/761), pour comprendre toute la différence du rapport que nous pouvons avoir avec la nature nous, occidentaux.

Ils ont écrit:

"C'est du vide qu'apparait la montagne..." Je comprends que sans ce vide rien n'existe.

"Pour peindre la montagne, il faut être montagne soi-même". Il ne s'agit pas là de reproduire une petite partie d'un paysage montagneux aussi réussi et fabuleux soit il. Il faut saisir l'esprit de la montagne pour l'exprimer dans la peinture.

 

Vous l'aurez remarqué, les photos utilisées sont des Prunus. Deux de ces tableaux m'ont été inspirés par mes propres poèmes, l'autre est comme une respiration, sans texte. Le Prunus, de ses branches noueuses, rudes, tordues, semblant parfois sans vie, apparait une production de fleurs abondantes. Parfois en présence de neige, elles font face aux adversités avec persévérence. Ephémères, elles sont la beauté et la pureté. Elles possèdent un côté transitoire de la vie, entre hiver et renouveau.

Si j'imagine un Prunus en pleine floraison, accroché à la montagne comme à la vie, dans un milieu difficile, un lieu isolé, c'est pour moi un moment d'intense émotion, un feu d'artifice jaillissant du plus profond de mon être, empreint d'instants difficiles.

Pour conclure cette page d'accueil et pour souligner toute la modernité des lettrés, je vous offre ce poème de Du Fu (Chine, 712/770) qui symbolise bien ce que nous vivons en ce dédut de 21ème siècle :

 

 

 

Tristesse

"Jour après jour, l'herbe sur les rives provoque mon chagrin.

Dans la Gorge de Wu, le son clair de l'eau est inhumain.

Dans les tourbillons, les aigrettes se baignent, pourquoi?

Les fleurs s'ouvrent sur un arbre isolé, à quelle Fin!

Dix années durant, la guerre a assombri le pays entier.

En terre étrangère, un voyageur vieillit dans une ville solitaire.

L'eau de la Wei, les montagnes de Qin, pourrai-je les revoir?

Aujourd'hui le peuple est épuisé et les tigres ont le pouvoir." 

Le son de la pluie.

Jardin Yili lors de la fête du Duan-wu. (jardinyili@yahoo.fr)

Le même jour au Jardin Yili.

Un mouvement.

Autre mouvement, au coeur de l'été.

Fin d'été, le mouvement du vent.

Mouvement d'hiver!